UNE PLUIE DE DOUTES

Bonjour Anaïs.
C’est à ton tour de passer l’épreuve de l’interview avec ta nouvelle « Pluie de doutes ». Dans ton monde, la devise de la France est devenue « Vérité, Stabilité, Sécurité », des mots a priori vertueux que tu détournes à l’extrême. Penses-tu que toute médaille de vertu a son verso ?

C’est une première question bien difficile, mais forcément, toute idée, aussi moralement acceptable qu’elle puisse nous paraître, peut être détournée à des fins autoritaires. En faisant par exemple de la vérité une vertu absolue, par glissement, on peut dire qu’une omission est un mensonge, et que tout le monde doit tout savoir de tout le monde. Cela ne me paraît pas pour autant une idée acceptable. Aucune « vertu » poussée à bout n’est jamais vraiment bonne à prendre.

De toutes les nouvelles de Demain : Nos Libertés, ton univers est l’un des rares qui se rapproche le plus d’une Utopie et pourtant… Que réponds-tu à ceux qui, tel un Anakin Skywalker, voient en la dictature une acceptable solution pour le bonheur de tous ?

Il y a des gens qui pensent que l’être humain en soi n’est pas bon. Que trop de libertés révéleraient sa véritable nature : l’homme serait sauvage, cruel, prêt à tout pour satisfaire son ego, ses désirs les plus futiles.
Comment peut-on être soi-même humain et croire cela ?
Je sais que l’on peut faire des mauvaises rencontres, mais je crois surtout que c’est souvent la croyance en une hiérarchie (qu’on se sente supérieur ou inférieur) qui crée la violence. On humilie ou harcèle, car en rabaissant l’autre on a l’impression de guérir sa mésestime de soi. Ou bien on ignore et on laisse les autres souffrir, car ils ne sont pas aussi méritants que nous. Pire, on les réprime, car s’ils sont mécontents, malheureux, misérables, on pense c’est de leur faute, et leur parole ne vaut rien. La dictature, finalement, serait l’affirmation de cette dernière croyance.

Si les questions sont au centre de cet interview, leur idée même est au cœur de ta nouvelle, dans une France où le point d’interrogation est proscrit. La liberté de se questionner, donc la liberté de pensée, est-elle selon toi, LA liberté fondamentale, celle qu’il faut absolument préserver avant tout autre ?

La plus importante, je ne sais pas. C’est probablement une liberté de laquelle découlent plein d’autres : la liberté de parole, la liberté de manifestation, par exemple. Si on ne se questionne pas, comment peut-on parler ? On parle bien de « questions » sociales, existentielles, entre autres. Le véritable questionnement – celui qui n’est pas rhétorique – est la base de la réflexion. Souvent il vaut mieux écouter quelqu’un qui pose les questions plutôt que celui qui prétend avoir les réponses.

Aujourd’hui, plusieurs penseurs, philosophes et de rares politiciens considèrent que notre société tend, voire cherche, à abêtiser les populations afin de mieux les manipuler et les rendre inaptes à juger autrement que superficiellement les actes de nos gouvernements.
Considères-tu que certaines formes de programmes télévisuels, de médias et même de réseaux sociaux participent à cet abrutissement des foules, les éloignant d’une culture véritable de réflexion ?

Il n’y a pas de doute. En programmant certaines émissions de « débats », en laissant la place à certains « polémistes », et même à certaines personnes qui se disent « philosophes », ce n’est pas l’esprit critique qu’on cherche à développer chez le téléspectateur ou l’auditeur. On ne cherche peut-être pas à « abêtiser » la population à tout prix, en revanche, il est clair qu’on sous-estime grandement la capacité du public à réfléchir par lui-même. « Se divertir » et « se vider la tête » sont parfois synonymes dans la bouche de certaines personnes. Comme si un quelque chose de construit prenait forcément la tête. Je ne pense pas, pour citer deux  œuvres très connues, que Kaamelott ou Harry Potter « prennent la tête » et pourtant, ne serait-ce qu’humainement, les deux nous apprennent bien plus que certains programmes TV.

Merci, Anaïs, pour la pertinence de ta nouvelle et de tes réponses ; comme pour tous tes prédécesseurs, je te laisse le mot de la fin.

Merci à Kelach d’avoir permis la création de ce recueil dystopique, en espérant que ces nouvelles touchent les lecteurs !

Et maintenant, place au débute de « Une pluie de doutes » :

Retrouvez notre anthologie Demain : nos libertés et toutes nos parutions sur le site des Éditions Kelach.

PROMO FLASH Anniversaire

Joyeux Anniversaire
à Anaïs Hay

Anaïs est une des auteures qui nous a rejoints il y a moins de 1 an pour l’anthologie Demain : Nos libertés.

Sa nouvelle « Pluie de doutes » n’en a laissé aucun quant à son incorporation dans notre anthologie dirigée par Cécile Durant. Un récit court qui se déroule dans une France où s’interroger n’est plus permis et où la transparence absolue est de rigueur. Une des 10 dystopies glaçantes que vous retrouverez dans Demain : Nos libertés.

à l’occasion de l’anniversaire d’Anaïs,

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sur Demain : Nos libertés.

N’attendez pas, la promotion s’arrête le 24 juin à minuit.
Découvrir

Et dans quelques jours, sur notre blog, venez lire l’interview d’Anaïs et les premiers paragraphes de sa nouvelle.

SALON VIRTUEL : mon retour

Petit retour sur ce premier Salon Virtuel auquel je participe ; salon né à l’initiative de Mestr Tom pour pallier autant que possible le déficit de festivals lié au COVID.
Il a réussi à rallier à son projet plusieurs artisans de talents, des maisons d’édition (dont la nôtre), des auteurs indépendants, des web-séries, mais aussi des acteurs, le tout avec bonhomie et simplicité.

Avant de vous parler de mon enthousiasme pour ce salon, il y a forcément des bémols qui sont améliorables pour le prochain.

Tout d’abord le peu de visiteurs autres que les participants. Soit que le concept n’a pas attiré les foules, soit – et je pense que c’est le problème essentiel – le fait que les places aient été payantes. Même si l’achat de l’une d’entre elles entraînait une participation automatiquement gagnante à la tombola, je pense que le prix (15 €) a pu être dissuasif. Peut-être que pour la prochaine édition un ticket au prix symbolique de 2 € ou 3 € (pour payer la plateforme) serait plus judicieux avec des tickets de tombola à acheter à part (pas forcément tous gagnants dans ce cas-là)…

Ensuite – mais j’ignore si cela est possible – ajouter une capacité, pour les visiteurs, d’aller cliquer directement sur tel ou tel autre participant avant ou après sa présentation pour avoir un accès direct à celui-ci (en vidéo pour un échange), ce qui implique que chaque participant soit disponible sur une large tranche horaire.

Ceci étant dit, je l’affirme à nouveau, j’ai été enthousiasmé par ce salon, par sa convivialité et par la passion qu’a montrée chaque participant pour ses créations.
Enthousiasme feint et de bon aloi, direz-vous ? Ce n’est pas bien me connaître. Je vous avouerai que je n’avais pas prévu de rester connecté toute la journée, ni même de participer aux jeux des énigmes, vu que j’avais beaucoup de choses à faire ce week-end, en particulier pour Kelach.
Mais j’ai vraiment été emporté par l’amour pour leur travail des uns et des autres, même si nous ne sommes pas tous égalitaires quand à la communication. Je suis donc resté presque de bout en bout, j’ai participé au quiz (je l’ai même gagné !) et j’ai eu le plaisir de pouvoir poser de nombreuses questions aux divers intervenants via le chat.

Côté artisans, ce sont de véritables artistes, imaginatifs, créateurs et prêts à relever tous les défis, au travail de qualité et réalisé avec passion qui ont présentés leur art.
Je connaissais déjà l’atelier Kitsune et ses sculptures, mais j’ai découvert divers créateurs de bijoux dédiés à l’univers FFF, dont le Corbeau Créateur et leurs réalisations en cuir (magnifique lanterne) ou Nous sommes des Héros, ancien prothésiste qui nous a fait une démo.
Et bien d’autres…
Tous ont été fascinants et tous créent des pièces issues de leur imagination, mais aussi à la demande.

Deux Web-Série ont été présentées : Eden (dont j’ai raté une partie du speech) et Kaliderson sur laquelle j’ai pris pas mal de retard et dont vous trouvez le préquel dans notre anthologie Contes Nippons au Coin du Feu. Une vidéo résumé des premières saisons a été présentée me remettant l’eau à la bouche (je n’ai pas regardé l’inédit de la nouvelle saison).

Côté éditions, nous avions les Éd. Underground et les Éd. Nutty Sheep que je connais mieux (qui a surtout présenté leur nouvelle série épinglée Mestr Tom) et bien sûr il y avait nous : les Éditions Kelach. J’avais préparé nos romans (photo d’en-tête*) pour présenter brièvement chaque série ou roman (nous ne disposions que de 15 minutes). J’ai fait de mon mieux.

*Il me manquait hélas 2 livres : Les Signes de la Vie et L’Anneau d’Odin, remplacés par des photocopies des couvertures dépourvues de bleu (problème de dernière minute d’imprimante), ne rendant pas hommage à la qualité du travail de Michel Borderie… Je la remets donc là :

Côté auteurs indépendants, j’ai retenu Alcyane et Aurélie pour leur très beau livre jeunesse Choko & Fraise : Le Carnet à croquer (actuellement en campagne Ulule), ainsi que Niamor et Justine pour leur projet de livre de cuisine illustré.

Si j’ai raté le concert du soir, en journée, j’ai pu apprécié la magnifique voix d’Alexis Roussiaux, un jeune homme de grand talent, auteur, compositeur, interprète à retrouver sur sa page Facebook et sur toutes les plateformes de téléchargement (légales, bien sûr, ne volez pas les artistes, merci).
Et puis nous avons eu trois acteurs qui ont lu des contes créés pour l’occasion : si un bug de mon ordi m’a fait raté la prestation de Franck Pitiot*, j’ai eu le plaisir d’écouter celle de Brigitte Lecordier (voix de San goku jeune et à retrouver en personnage dans les Contes du Soleil Levant) et Arnaud Benjamin qui a dû s’y reprendre à 2 fois à cause d’un bug général de la plateforme cette fois. Des acteurs parfaits dans leur rôle de conteurs sur des textes fort sympathiques.

* Ayant eu le chance de gagner le premier prix à la tombola (ce que je n’avais pas saisi sur le coup), j’aurai le plaisir de le rencontrer pour enregistrer sous sa direction un conte de Noël… Le stress me saisit déjà.

Une belle expérience donc, à renouveler avec quelques modifications pour plus de « visiteurs ».

Vous pouvez retrouver les liens vers tous les artistes/auteurs/éditeurs, ainsi que des bandes-annonces de certains d’entre eux sur le site de l’Académie de Minuit.
Je vous invite chaudement à y faire un tour… et bien sûr de ne pas oublier de visiter notre propre site.

Et encore un grand merci aux organisateurs et en particulier à Mestr Tom pour cette initiative et son invitation à y participer.

SALON VIRTUEL 20 JUIN : Programme.

Demandez… Demandez le programme !

Voici donc la programmation des artisans, Editeurs (dont Kelach Bien sûr), les jeux, le concert et les contes en direct, sans oublier la Tombola de ce salon virtuel qui aura lieu samedi.

Lieu : de chez vous (ordinateur / tablette / téléphone)
Plateforme : Clickmeeting
Quand : samedi 20 juin de 10h00 à 22h00
Présentation des Editions Kelach à 14H45

Billeterie sur billetweb

SALON VIRTUEL 20 juin 2020

Les salons « live » sont toujours impossibles à réaliser et ce jusqu’à – au moins – fin août. Pour permettre aux artisans d’art et aux petites maisons d’édition telles que la nôtre de garder un peu de visibilité, l’Académie de Minuit organise un Salon Virtuel ce samedi 20 juin sur la plateforme Clickmeeting.

CLICKMEETING

Entre 10h00 et 20h00, par tranches d’environ 15 minutes, vous pourrez découvrir des artisans, des auteurs et des éditeurs.

La présentation des Éditions Kelach se fera entre 14h40 et 15h00.

Vous devez préalablement acheter vos places. En plus de l’accès que cela vous offre à la plateforme du salon sur laquelle vous pourrez naviguer toute la journée, chaque place achetée vous fait participer à la Tombola. Chaque place est gagnante d’un lot offert par les artisans ou les maisons d’édition présentes.

BILLETWEB

En supplément des présentations, plusieurs invités seront là :

  • Arnaud Benjamin
  • Brigitte Lecordier (voix de Sangoku)*
  • Franck Pitiot (réalisateur et acteur (Perceval dans Kaamelott))
  • Neko Light Orchestra

Des animations sont également prévues : quizz, lecture de contes et concert.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Académie de Minuit :

*Vous retrouverez Brigitte Lecordier, comédienne de doublage, sous les traits d’un personnage des Contes du Soleil Levant, publié aux Éditions Kelach.

APPEL à TEXTES : Jeunesse.

Les éditions Kelach recherchent pour leur collection jeunesse Bosquet Féérique, un roman (one shot) sur le thème du Voyage, entre 200 000 et 500 000 signes espaces comprises.

Voyage vers d’autres mondes, d’autres contrées, d’autres dimensions, d’autres époques, emmenez les jeunes lecteurs à la rencontre de l’altérité et peut-être d’eux-mêmes !
Trolls, fées, sirènes, ondins, dragons, centaures, chimères, magicien·ne·s ou tout autre créature autorisé·e·s, humour bienvenu, émotions fortes recommandées.

Vers le minuscule ou l’immensité, qu’importe la destination ou le moyen de transport, c’est le chemin qui fait rêver !

Merci d’envoyer vos textes à bbouffaut.kelach@gmail.com avec pour objet « AT_Bosquet Féérique_Voyage ».
N’oubliez pas de jeter un œil aux consignes de nos appels à texte pour les questions de mise en page et de documents à joindre.

Un premier bilan aura lieu le 19 Décembre. Suite à celui-ci, l’AT pourra être prolongé ou stoppé.

Au plaisir de vous lire et de voyager avec vous !

L’ANNEAU D’ODIN

L’auteur Agostinho Moreira nous offre la suite tant attendue du Sceptre de Râ ; la suite de la quête du démon Ravana pour retrouver un corps et accéder au pouvoir tant convoité.
Face à lui, l’Éalim, qui fut vénéré sur Terre comme le dieu Râ, va devoir faire appel une nouvelle fois à Franz Meyer. Aidé de son neveu et de la dulcinée de celui-ci, l’archéologue retraité va reprendre la lutte dans une course effrénée pour éviter que le démon ne s’empare de l’artefact qui pourra assouvir les projets de Ravana.
Un voyage qui vous conduira des forêts nordiques aux temples d’Amérique du Sud.

Nous vous offrons le premier chapitre du deuxième tome de cette palpitante trilogie :

La version papier est disponible sur notre site, bientôt en commande chez tous les libraires et déjà en Ebook sur la majorité des plateformes.




Retrouvez également le premier tome
Le Sceptre de Râ
en promotion sur notre site et en Ebook.

LES ÉDITIONS KELACH

APPEL à TEXTES : Légendes Urbaines

Les éditions Kelach recherchent, pour leur collection Forêt des Maléfices, des romans (one shot) sur le thème Légendes urbaines, entre 400 000 et 700 000 signes espaces comprises.

Les légendes urbaines sont partout. Certaines traversent les siècles, d’autres naissent de nos jours.

Ainsi en est-il des légendes qui entourent la forêt d’Aokigahara au Japon, surnommée la forêt des suicides, de l’auto-stoppeuse fantôme, des alligators dans les égouts de Paris, du triangle des Bermudes, du vaisseau fantôme…

Ces histoires font partie de notre quotidien. À vous de nous les raconter et de nous faire frissonner !

Merci d’envoyer vos textes à clemence.chanel58@lilo.org
avec pour objet « AT Légendes urbaines + Titre de votre roman »,
et de préciser dans le mail de quelle(s) légende(s) vous vous êtes inspiré.

Avant de nous faire parvenir vos œuvres, n’oubliez pas de jeter un œil aux consignes de nos appels à textes (format, taille, mise en page…) : CONSIGNES.

Un premier bilan aura lieu fin novembre 2020
Suite à celui-ci, l’AT pourra être stoppé ou prolongé.

Au PLAISIR de vous LIRE

BONHEUR DE MAI

L’ensemble des lutins de Kelach vient souhaiter à tous nos lecteurs, un immense bonheur, à travers le lecture, bien sûr, mais aussi dans la vie de tous les jours, celle que l’on dit réelle.

Chaque jour qui débute est une page vierge du livre de notre vie. Il nous appartient d’y écrire les mots qui feront croître notre bonheur et disparaître les maux des pages précédentes.
. Michel Dechamplain

Le bureau, les auteurs, les illustrateurs et nos directrices / correctrices de collections.

https://www.editions-kelach.com/

COUPÉE EN DEUX

Bonjour Aurélie, bonjour Hugues.

« Coupée en deux » est la seule nouvelle de l’anthologie « Demain : Nos libertés » à avoir été écrite à 2. Pouvez-vous nous éclairer sur le processus que vous avez suivi pour générer cette histoire ? De quelle manière vous répartissez-vous le travail ?

Hugues >> Tout est parti d’un article publié par Aurélie sur le site de notre communauté d’écrivains. Elle y relatait ses expériences d’écriture à quatre mains. Comme j’avais envie de découvrir l’exercice, je lui ai fait part de mon intérêt. Nous étions tous deux très tentés par l’appel à texte de Kelach, nous sommes donc  partis ensemble dans cette aventure.
La répartition du travail s’est faite très naturellement, et nous pouvons révéler que nous ne nous sommes pas partagés la création de façon compartimentée : ce fut une réalisation en osmose, c’est peut-être pour cela que ça a plu. Nous avons développé le récit sur une trame qui nous convenait à tous deux.
Disons que j’ai élaboré une première version très générale de l’histoire, et nous avons affiné l’intrigue au cours de nos échanges. Le même processus a été mis en œuvre avec les personnages, dont certains ont été éliminés, car ils n’apportaient rien à la narration. Je « produisais » des blocs que je soumettais à Aurélie, et elle m’envoyait en retour ses propres idées, ses propositions de transitions, et surtout effectuait un travail conséquent sur le style.
Les échanges ont duré plusieurs mois, et je n’ai jamais eu l’impression que ça bloquait entre nous. Un souffle plein d’énergie créatrice nous a finalement permis d’achever la nouvelle, en étant tous deux satisfaits du résultat de nos efforts, et du destin de nos personnages.

Aurélie >>je n’ai rien à ajouter. Nous avons fait au fur et à mesure, sans prévoir de distribution stricte des rôles et ça s’est très bien passé. Ce fut un plaisir que d’écrire cette nouvelle.

Du fait du thème de votre nouvelle, j’aimerais savoir : vivez-vous en milieu citadin ou en milieu rural ? Est-ce que cela a influencé votre sujet ?

Aurélie >> Je vis en milieu rural, et c’est ce qui me correspond. Cependant, j’ai vécu ma petite enfance en ville, mon père n’ayant alors pas fini ses études, et j’y suis moi-même retournée plusieurs années en tant qu’étudiante, ce qui m’a permis de faire un choix de vie en connaissance de cause et pas sur des préconçus. Dans ma vie quotidienne, je mesure le sentiment croissant d’abandon des ruraux et la méconnaissance que peuvent avoir certains citadins des réalités de cette campagne. Le thème me parlait donc.

Hugues >> J’ai grandi tour à tour en ville et en pleine campagne, ce qui fait que j’ai en quelque sorte une « culture hybride ». Je me suis toujours questionné sur cette coupure avec la terre et la « vraie vie » que représentait pour moi la ville. Comme beaucoup, j’ai choisi de vivre en milieu urbain pour des raisons professionnelles et familiales (les études des enfants), mais je me sens bien mieux dans la nature. Je vis actuellement dans une petite ville, mais projette de retourner en milieu rural rapidement, car il m’est difficile de trouver un épanouissement dans un monde de béton. Cela ne s’accorde pas vraiment avec mon idée du bonheur, même si j’apprécie les infrastructures dédiées à la Culture que l’on peut trouver dans les villes. Par ailleurs, le sujet de ce « divorce » dystopique entre ville et campagne nous intéressait tous les deux.

« Coupée en deux » parle, en effet, de cette dichotomie entre le monde rural et les villes ; une fracture que vous poussez jusqu’à son paroxysme. Pensez-vous qu’aujourd’hui, après, entre autres, le mouvement des Gilets Jaunes, la population citadine est à même de comprendre les difficultés rencontrées dans le milieu rural ?

Hugues>> Honnêtement, oui. Je pense qu’aujourd’hui, si les problématiques ne sont pas les mêmes, l’ensemble de la population, rurale et citadine souffre des conséquences de cette mondialisation économique mal maîtrisée, et que chacun est conscient des difficultés de l’autre. Les trajectoires de vie, contraintes par la recherche d’un emploi, peuvent mener en milieu urbain ou rural. Les familles sont également plus éclatées sur l’ensemble du territoire. La mobilité forcée, qui intéresse tant les sociologues et spécialistes du monde du travail, fait que la même personne se verra cataloguée « bobo des villes » un jour, et « bouseux de la cambrousse » le lendemain, en fonction de cette fameuse mobilité orchestrée par les employeurs. On pourrait inverser la question, et répondre que le milieu rural est également à même d’appréhender les difficultés de la population citadine.

Aurélie>> Pour ma part, je pense que non. Si certaines difficultés ou certains modes de vie sont généralisés, la méconnaissance est trop grande. Bien sûr, certains passent d’un monde à l’autre, mais ce n’est pas la majorité. Je crois que l’on va vers un accroissement de la désertification des campagnes, celles vivantes et actives, en faveur d’une campagne « dortoir ».

Vous avez opté pour une dichotomie marquée entre une ville très épurée et futuriste opposée à un village très brut et à la technologie usée. Pourquoi avoir choisi un tel gouffre entre les deux mondes ? Est-ce un reflet de votre ressenti ?

Hugues >> Pour soigner l’aspect dystopique, nous voulions creuser un large fossé entre villes et campagnes. Je remarque un mouvement croissant qui transforme nos cités en villes-musées, dont les quartiers populaires disparaissent peu à peu. Dans le même temps, les services publics comme la Poste ferment dans nos villages, et les petits commerçants font faillite, mangés par la concurrence de la grande distribution. Hormis pour le déploiement de l’internet, j’ai donc l’impression que les milieux ruraux sont de plus en plus délaissés, faute de volonté politique et de budgets suffisants. Je fais aussi le constat que les populations des villes souffrent mille maux.

Aurélie>> L’aspect dystopique rendait nécessaire d’exagérer quelque peu les choses, parce que les pousser à l’excès permet de mieux réaliser ce qui dysfonctionne. Mais comme je le disais précédemment, je pense qu’on va vers toujours plus d’urbanisation. Et, déjà, on voit un phénomène se produire : les retours à la campagne sont le fait de ceux qui fuient une forme de modernité pour une ruralité fantasmée, plus « primitive » qu’elle ne l’est en réalité.

Vous n’êtes pas très tendre avec la classe politique. Pensez-vous que tout acte n’est que calcul électoral ?

Hugues >> On observe une forme de rejet de la classe politique, dont la parole apparaît toujours plus inaudible. Le phénomène n’est pas récent, mais semble s’amplifier avec le temps. J’aurais malheureusement tendance à penser qu’une partie de l’action politique est dictée par des calculs électoraux, ou le résultat de renoncements difficiles à justifier.

Aurélie>> Disons qu’on peut s’interroger sur bon nombre de décisions. Je continue à espérer qu’il existe des gens qui veulent agir pour le bien commun, même dans la classe politique. La nouvelle est une projection de la pire interprétation : quand le cynisme et la manipulation l’emportent sur tout le reste.

Est-ce que vos personnages principaux, Simon et Myrtille, sont le reflet de vos personnalités respectives ?

Hugues >> Pas du tout ! Je projette très peu de moi-même dans mes personnages. J’essaie au contraire de les construire en les parant de qualités et défauts que je pourrais deviner ou imaginer chez autrui. Toutefois, je m’inspire parfois directement de personnes que j’ai pu croiser dans la vraie vie pour brosser un portrait réaliste.

Aurélie >> Pas spécialement. Mais ils restent un vecteur pour faire passer des idées, qu’ils les partagent ou pas avec leurs auteurs.

 Le mot de la fin est pour vous :

Aurélie >> J’ai apprécié ce travail à deux, d’autant que nous nous sommes bien complétés. Le thème de l’anthologie m’avait tout de suite interpellée et je suis contente que notre nouvelle ait été choisie.

Hugues >> L’expérience de la création à quatre mains est très enrichissante. Je recommande à tous les passionnés d’écriture de tenter l’expérience. Je remercie encore une fois les éditions Kelach pour la publication de cette merveilleuse anthologie.

Après cette papillonnante discussion, je vous laisse découvrir les premières pages de la nouvelle « Coupée en deux » que vous retrouvez dans l’anthologie « Demain : Nos Libertés. » aux éditions Kelach.

Editions Kelach